Vestiges

Après avoir réalisé des peintures des objets de mon quotidien, le passage au volume m’a semblé être une bonne continuité, c’est pourquoi j’ai récupéré une partie de ces objets en sélectionnant essentiellement ceux utilisés dans la cuisine et la salle de bain et qui servent de contenant. En d’autres termes, ce sont des objets qui contiennent la plupart du temps un liquide et qui sont en plastique donc jetés lorsqu’ils sont vides et inutiles. Je les ai donc moulés avec du papier mâché (papier journal, eau et farine), comme une coque de la moitié de cet objet, afin de jouer sur le plein et le vide, à l’instar des sculptures de Rachel Whiteread. Après avoir obtenu ces demi-objets/moulages, je les ai pris en photo sur un fond entièrement blanc, épuré pour ne garder que la forme sous différentes positions : les objets sont la plupart du temps pris debout, comme dressés, soit de face, soit de dos (permettant de voir le creux), soit encore de profil (permettant de voir la moitié de l’objet). Ces photos rappellent des photographies de magazines ou plus précisément des photographies publicitaires où il est important de mettre l’objet en valeur. Finalement, l’objet prend de l’ampleur et devient presque ici une architecture (en ruine), rappelant les photographies d’architectures des Becher ou les photographies en gros plans sur des cuillères de Patrick Tosani.

Comme des animaux, des bâtiments ou des objets, il ne reste de ces objets consommables, que l’on vide puis que l’on jette, que ces formes rappelant des carcasses/des os, des ruines ou des objets anciens/des reliques. Ce sont d’une certaine façon les seules traces, les vestiges de ces objets qui ont été dans mon quotidien, dans mon chez moi, qui m’ont servis à un certain moment de ma vie mais qui maintenant sont partis à la poubelle et sont très vite oubliés. En fait, ces objets ont la même utilité que le papier journal qui a servi à les faire et de façon plus général l’écrit dont ils sont parés : ils permettent de se souvenir. Se souvenir de leur utilisation dans la maison, dans le quotidien, comme écrire pour se souvenir des moments passés ou des grands évènements mais aussi, sur ce genre d’objets, pour faire passer un slogan, un message ou l’appartenance à une marque. Paradoxalement, les objets en papier journal sont assez légers et éphémères et se sont pourtant eux qui restent et qui sont gardés comme des sculptures, des reliques, des souvenirs, alors que les objets initiaux en plastique donc plus résistants sont jetés et oubliés. D’un autre côté, les objets de base sont au départ pleins et remplis mais deviennent ensuite des moitiés creuses, vides et inutilisables comme vidés de leur contenant et de leur utilité première.

Vestiges, photographies, 2020

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